Voyages

Dordogne

Pour l’été 2014 on voulait partir en Dordogne parce qu’on a tous l’habitude de passer des vacances là-bas en famille à des lieux légèrement différents. On avait tout compris, nos familles y allaient en voiture nous à vélo, le transport du futur. Certes un peu plus lent, mais pas de stress, du sport, pas d’embouteillages, d’assurance etc bref tout ce qu’on recherche en vacances.

Ce voyage nous l’avons encore fait à 4, il a duré 10 jours pour plus de 800 km. Nous avons pris le même itinéraire que pour la Loire à vélo jusqu’à Tours puis nous avons pris vers le sud direction Châtellerault. Puis direction Angoulême et Brive-la-Gaillarde. C’était la première fois qu’on sortait des sentiers battus et des vélo routes (et qu’on y arrivait). C’est sur ce voyage qu’on a vraiment appris à lire les cartes, compter les kilomètres entre chaque étape, ajuster les itinéraires en fonction du dénivelé (enfin quand c’est possible) etc.

Mais durant ce voyage, vous n’imaginez pas toutes les aventures qui nous sont arrivées, avec les doses de hauts et de bas propres aux Narvélos.

La rando de nuit, une épreuve psychologique

La journée du départ nous devions parler dans l’après-midi parce que l’étape était courte (60km), on avait une maison où on était sûrs de pouvoir s’arrêter pour la nuit. Cependant l’un d’entre nous devait s’inscrire impérativement à la fac ce jour là pour être sûr d’avoir sa place. Vous connaissez certainement les administrations de facultés, vous imaginez donc qu’on n’est pas parti à l’heure qu’on souhaitait. Nous devions de plus prendre le RER pour nous éloigner de la banlieue. Nous sommes donc arrivés à Boigneville (RER D) à 21h et le soleil commençait à se coucher. Nous avons eu le droit à un magnifique coucher de soleil sur les vélos, c’était d’une puissance. Mais bien vite nous avons dû faire une pause pour sortir les équipements de sécurité, les lampes frontales, les gilets jaunes, les lampes de signalisation. Enfin nous étions un peu sous équipés sur ce coup-là, du coup nous avons partager le matériel entre nous en se disant qu’on allait pédaler groupés.

Pédaler de manière groupée de nuit c’est pratiquement impossible, donc l’un d’entre nous s’est retrouvé plusieurs kilomètres derrière dans une nuit noire sans aucun éclairage avec seulement un gilet jaune. Heureusement pour nous il y avait très peu de voitures ; il était alors minuit. On faisait des pauses à chaque intersection pour s’attendre et se remotiver pour continuer notre périple dans la nuit noire. On avait tout de même un avantage, je connaissais parfaitement l’itinéraire pour l’avoir déjà fait plusieurs fois avant.

La randonnée de nuit ça peut être quelque chose de dangereux. Cependant ça reste quelque chose de très plaisant, lorsque vous éteignez toutes les lumières et que vous ne laissez que le maigre croissant de lune éclairer votre route. Avec le silence de la nuit vous avez une sensation de rêve éveillé, la sensation de planer au-dessus de la route car vous ne voyez même plus le point de rencontre entre vos roues et l’asphalte. Vous êtes tel un planeur en train de survoler à quelques centimètres une piste d’atterrissage. Je vous laisse sur cette courte description, le mieux c’est que vous essayiez par vous-même.

Il était 2h du matin quand nous sommes enfin arrivés à la maison. C’est une très vieille maison de campagne, le chauffe-eau ne marchait plus nous avons donc pris des douches froides. Nous avons mangé très rapidement et nous sommes couchés à 3h du matin en nous autorisant une grasse matinée le lendemain. D’ailleurs la journée du lendemain, une autre surprise nous attendait

Le retour d’une âme bienveillante

Après cette épreuve du vélo dans la nuit nous nous sommes rendus à Orléans. Pour l’avoir fait l’année auparavant nous savions qu’il y avait environ 80 km. Nous étions en plein dans la ville à 20h heure à laquelle la tente est montée normalement. Nous ne savions pas quoi faire, nous avons donc naturellement décidé de prendre une bière en terrasse avec des kebabs pour réfléchir. Et c’est là que nous est venu une idée de génie. L’année d’avant nous avions rencontré à la sortie d’Orléans un monsieur qui nous avait prêté son terrain. Désemparés nous prenons donc un annuaire sur internet et cherchons son nom. Nous trouvons en effet son nom mais l’adresse était bien éloignée du lieu de notre rencontre de l’an passé.

L’un de nous prend son courage et décide d’appeler. Il se retrouve avec une voix de femme de l’autre côté du fil. Il fallait maintenant lui raconter l’histoire : « Excusez moi madame, nous sommes 3 cyclistes que votre mari connait de l’été dernier, serait-il possible que vous me le passiez ». Imaginez vous décrochez le téléphone et vous entendez ça, c’est peu commun il faut le dire. A ce moment nous ne savions toujours pas si nous appelions les bonnes personnes. Voila que le Monsieur en question prend le téléphone et le voila ravi qu’on appelle. Il nous dit que le terrain est disponible et que nous pouvons nous y rendre maintenant que nous connaissons le chemin. Il nous dit aussi que nous pouvons passer plusieurs jours mais qu’il organise un barbecue le week-end suivant, il faudra donc qu’on soit partis. Une fois de plus, une preuve de gentillesse et de confiance absolue. Nous avons passé une bonne nuit mais assez chaude. C’est aussi l’année ou j’ai fait l’acquisition d’une tente dernier cri, très agréable, mais bon 4 personnes de 1m80 dans une tente 4 places, ça fait vite grimper la température.

Randonnée en vélo de course = randonnée à pied

L’un d’entre nous avait lors de ce voyage un vélo de course. Il s’agissait un bon modèle de course mais c’est vraiment le genre de vélo à proscrire pour la randonnée, ça ne passe pas sur le moindre chemin de campagne sans crever. Comme le vélo en question n’avait pas de porte bagages nous avions décidé de lui installer la carriole. C’était finalement une mauvaise idée, les roues de course ne sont pas conçues pour supporter le poids d’une carriole. Heureusement pour nous se sont les pneumatiques qui ont lâchés avant que la roue ne voile, et croyez-moi une chambre à air crevée c’est plus facile à réparer qu’une roue voilée. Finalement ce vélo n’avait plus aucun bagage mais ça ne l’a pas empêché d’enchaîner les crevaisons.

Une journée en fin d’après midi c’était la crevaison de trop. Plus de chambre à air de secours, les rustines ne tenaient pas sur la chambre à air aussi fine. Et c’est là qu’on a commencé à se poser la question de l’état du pneu qui en effet commençait à ne plus faire bonne mine. Il fallait changer le pneu, mais là pour le coup on en avait pas. De plus ce soir là nous devions camper sauvagement, il nous fallait un plan pour continuer d’avancer et c’est là que nous avons eu une idée, risquée, mais elle nous permettait de tout régler.

Après une rapide recherche sur internet on apprend qu’il y a un magasin de vélo à 10 km, mais il était déjà 17h30 et le magasin devait fermer à 18h30, nous ne pouvions pas y aller à pied. Il nous fallait une équipe commando rapide pour aller faire cet achat. Nous avons eu la brillante idée de démonter toute la roue arrière du vélo concerné, car en effet on n’est jamais à l’abris d’une dimension mal observée. Nous sommes donc partis à 3 aussi rapide que l’éclair en laissant notre pauvre camarade à pied avec son vélo maintenant dépourvu de roue arrière. Pourquoi le laisser seul ? Voilà notre plan : nous allions trouver un spot de camping sauvage et l’un de nous trois allait y rester avec toutes les affaires et commencer à monter le camp en attendant le malheureux piéton. Les deux restants maintenant sans bagages allait filer le plus vite possible à la ville pour acheter un nouveau pneu. C’était les 10km les plus intenses de ma vie, il fallait vraiment qu’on arrive avant la fermeture du magasin. Nous avons mis un peu de temps à trouver notre bonheur, mais nous sommes enfin tombés dessus. Il fallait maintenant retourner jusqu’au camp, donc de nouveau 10 km. A notre arrivé tout était rentré dans l’ordre, notre marcheur était déjà arrivé après 5 km de marche à porter une « épave » de vélo. Ce fut un grand soulagement quand tout fût réparé. Une légende raconte que ce pneu résiste encore aux épreuves de la route 4 ans après.

La Dordogne, la Corrèze, ses paysages, ses mystères

Ce sont ces coins de France que j’affectionne énormément. Nous roulions sur les piémonts du Massif Central et ce sont des paysages que j’apprécie énormément. Il y a de jolis dénivelés avec une atmosphère chaude en été mais une végétation très verte. Ainsi on pédale souvent à l’ombre, on a de jolies descentes sinueuses dans les forêts. En quelques mots c’est un petit paradis. Un moment le long d’une belle descente qui longeait un cours d’eau (l’Elle) affluent à la Dordogne, nous observons un pont de taille conséquente enjamber la vallée escarpée. Ce pont en pierre paraissait vraiment imposant, nous décidons donc de nous arrêter pour voir ce que c’est. Il y a un énorme parking avant le pont mais désert. Le pont n’a qu’une seule voie et ne semble mener nulle part, la route s’enfonçant dans la montagne. Intrigué nous examinons la carte, il s’agit de la route de Muratel, et nous voyons qu’elle s’arrête net. Nous ne pouvions pas laisser un tel mystère continuer, nous allons sur le pont et nous sommes tombés sur un tunnel. Un tunnel d’une obscurité profonde, il était à peine plus large qu’une voiture.

Nous avons essayé de rentré dedans mais au bout de 10m on ne voyait déjà plus rien. Apparemment il s’agit d’un ancien tunnel ferroviaire désaffecté, mais où conduit donc cette route. Je vous donne les coordonnées GPS si jamais vous voulez tenter l’aventure ( 45.154211, 1.250516 )

Après cette jolie étape nos routes ne sont séparées. J’ai pédalé seul dans le Lot, et c’est vraiment un département magnifique, une végétation un peu plus sèche, et des petit champ perdus entre les bois, une route sinueuse entre les collines, ça fait les jambes mais qu’est-ce que c’est beau.

Finalement dans sa globalité c’est un des voyages les plus paisibles qu’on ait fait. Tout s’est très bien passé. C’est aussi un voyage où on a commencé à beaucoup discuter de sujet variés. Il me semble que c’est pendant cette randonnée qu’on a inventé le concept de colloque à vélo, poser une question de société, de philosophie, de science le matin et en débattre toute la journée. Au fur et à mesure nous avons acquis une certaine méthode. Nous commençons par définir les termes du sujet, faire des rappels étymologiques, une mise en contexte. Ensuite c’est parti pour des heures de débat sur des sujets dont voilà nos préférés : le genre, le spécisme, la technologie et l’homme, les empires commerciaux et… LE VÉLO bien sûr mais dans tous ses aspects : économique, social, politique etc.

Basile P.

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